mardi 9 août 2011

L’étalon-or

L’étalon-or



1. L’ÉMERGENCE HISTORIQUE DE L’ÉTALON-OR DANS LES ANNÉES 1870

Jusque dans les années 1870, deux systèmes monétaires coexistent : le monométallisme or et le bimétallisme (double référence à l’or et à l’argent). L’étalon-or classique émerge dans les années 1870 et reste en vigueur jusqu’en 1914 lorsque les pays engagés dans le conflit mondial sont contraints de proclamer le cours forcé de leur monnaie.
Le choix de l’Allemagne d’opter pour l’étalon-or en 1873 paraît décisif du point de vue de sa généralisation. Pour Eichengreen, « le réseau d’externalité qui avait un temps maintenu le bimétallisme en place s’est alors mis à pousser les autres pays en direction de l’or » (1997).
Une réaction en chaîne se produit, initiée non pas par la liquidation d’argent opérée par l’Empire allemand mais par l’incitation que pouvait avoir un pays à adopter un étalon monétaire partagé par ses principaux partenaires commerciaux et financiers. Les principaux partenaires économiques de l’Allemagne l’adoptent (Pays-Bas, pays scandinaves…). Ils sont bientôt suivis, de fait, par les pays de l’Union latine (Belgique, France, Italie…). L’étalon-or progresse ensuite à la périphérie de l’Europe, en Russie, au Japon, en Amérique latine.
L’appartenance à l’étalon-or apparaît comme un signe de développement, une marque de « civilisation » pour reprendre le terme de l’économiste autrichien C. Menger.

2. UN RÉGIME DE MONNAIE MARCHANDISE : LA GARANTIE DE LA STABILITÉ DES PRIX

À l’époque, l’or circule sous forme de lingots et de pièces et possède un pouvoir libératoire illimité dans les paiements. Chaque monnaie possède une définition métallique. La livre sterling vaut ainsi 7,32 grammes d’or, le franc français 0,29 gramme. Les billets et la monnaie scripturale dont l’usage se répand lentement sont convertibles en or auprès du système bancaire.
La Banque centrale ne peut émettre de billets qu’au prorata de ses réserves métalliques.
Deux lignes de conduite sont possibles. La couverture métallique de l’émission peut être intégrale, cette stratégie est connue sous le nom des « currency principle ». Elle peut être partielle
(banking principle) sachant que la loi du reflux ne conduit pas tous les opérateurs à demander simultanément la conversion en or de leurs billets.
Le fait que les autorités monétaires ne puissent pas modifier arbitrairement les contreparties
de la base monétaire garantit la stabilité de la valeur interne de la monnaie. Entre 1870 et 1913, l’indice des prix à la consommation passe en France et au Royaume-Uni respectivement de 94,1 à 100 et de 108 à 100.

3. UN RÉGIME DE CHANGES FIXES EXTRÊMEMENT CRÉDIBLE

Le système d’étalon-or est un régime de changes fixes dont la force réside dans la crédibilité.
L’or est un instrument des paiements internationaux. On peut considérer qu’il s’agit d’une sorte de monnaie mondiale puisqu’il a un pouvoir libératoire à l’échelle planétaire. Les monnaies s’échangent entre elles à des parités fixes, crédibles au sens où les agents les croient fixées pour toujours. Ainsi le pair entre la livre et le franc s’établit d’après la définition métallique de chaque monnaie à 25,22 francs pour une livre.
Les limites de fluctuations des cours de change sont enserrées entre des points d’or appelés points d’entrée et de sortie de l’or. Ces points fixent des limites au-delà desquelles les opérateurs ont intérêt à utiliser l’or dans les paiements internationaux plutôt que les devises.
·       Le point de sortie d’or fait référence à une situation où l’importateur d’un pays préfère régler ses fournisseurs étrangers en or (quitte à s’acquitter de coûts de transactions : transports et assurance) plutôt que d’acquérir des devises sur le marché des changes.
·       Le point d’entrée fait référence à une situation où l’exportateur préférerait se faire payer en or plutôt qu’en devises.

4. LE PRICE SPECIE FLOW MECANISM : UNE GARANTIE DE RÉÉQUILIBRAGE AUTOMATIQUE
DES BALANCES DE PAIEMENT ?

Le price specie flow mecanism (modèle Hume-Ricardo) propose une vision théorique des mécanismes de rééquilibrage des balances de paiements au sein de l’étalon-or. Des mécanismes de marché corrigent automatiquement les déséquilibres. Un déficit extérieur de la France
vis-à-vis de la Grande-Bretagne doit être soldé par un transfert d’or (de la France vers la
Grande-Bretagne) qui influence mécaniquement les bases monétaires, les masses monétaires et les niveaux des prix à travers une approche quantitative. En France, le transfert d’or vers la
Grande-Bretagne conduit à une contraction de la masse monétaire et une baisse du niveau général des prix alors qu’en Grande-Bretagne l’arrivée d’or entraîne une progression du niveau des prix. Cette double dynamique des prix est censée restaurer la compétitivité française.
Pour les économistes classiques, la baisse et la hausse du niveau des prix sont neutres sur l’activité interne car elles ne modifient pas la structure des prix relatifs.
La réalité historique n’est pas conforme au modèle Hume-Ricardo, certains accommodements aux règles du jeu prévalent. Le maniement des taux d’escompte par les Banques centrales (notamment par la Banque d’Angleterre) et une certaine coopération entre elles leur permettent d’éviter des transferts de métaux (travaux de Bloomfield, 1959).

5. LES EXIGENCES DE L’ÉTALON-OR

Le fait que les autorités ne puissent pas modifier les contreparties de la base monétaire peut poser un problème d’approvisionnement insuffisant de l’économie en liquidité. Par chance, au cours de la période, les découvertes de métal ont permis de répondre aux besoins de l’économie mondiale.
Les mécanismes de l’étalon-or neutralisent les instruments de politiques économiques et sont par conséquent associés à une relative instabilité de l’activité. La politique de change est d’abord vide de sens puisque la crédibilité de l’étalon-or exclut la dévaluation. Dans un environnement de forte mobilité internationale des capitaux, les marges de manœuvre de politique monétaire sont extrêmement réduites.
L’étalon-or est associé à des préférences de politiques économiques particulières : les objectifs de stabilité sont préférés aux objectifs d’activité. En ce sens, l’étalon apparaît comme le miroir des conditions d’exercice de la démocratie à l’époque, peu encline à tenir compte des intérêts des classes populaires.

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